Accueil Que faire pour sauver la grande nacre ?

Que faire pour sauver la grande nacre ?

Il y a un an à peine, la réserve marine de Scandola abritait une population exceptionnelle de Pinna nobilis. La semaine dernière, le Pr Nardo Vicente n’a pu que constater la mort de toutes les nacres. Il fait un point sur la situation.

La situation est alarmante.

Nous rentrons d’une mission scientifique à la réserve naturelle de Scandola en Corse qui recélait, il y a seulement un an, une des plus fortes densités de ce magnifique coquillage bivalve, en Méditerranée occidentale.

Nacre morte en lisière de l’herbier de posidonie (Ph. A. Vion)


Aujourd’hui tout est mort ! Une population que nous suivions depuis les années 1980 !
Partout les fonds sont jonchés de nacres mortes.
Et la parasitose arrive sur les côtes provençales.

Au mois de septembre les agents du Parc national des calanques on trouvé une nacre moribonde dans l’Anse du Mugel à La Ciotat. L’analyse s’est avérée positive à l’Haplosporidium. D’autres individus malades ont été observés en divers point du littoral provençal.
A Scandola, en plein mois d’octobre la température de l’eau était encore de 22°C à 40 m de profondeur. Il en est de même sur l’ensemble des côtes provençales.
 Il est à craindre que l’épizootie touche progressivement toutes les côtes méditerranéennes puisque des individus parasités sont signalés en divers points à Monaco, en Italie, à Malte, en Tunisie et en Grèce.

LES EAUX TROP CHAUDES FAVORISENT L’ACTIVITE DU PARASITE

L’activité du parasite responsable de la mort des coquillages est en effet exacerbée lorsque la température s’élève. Or les eaux de la Méditerranée se maintiennent à de hautes températures depuis le début de l’été. De la sorte on peut penser que le changement climatique global est en grande partie responsable de l’apparition de cette épidémie qui affecte le plus grand bivalve de Méditerranée. Et 
il est probable que l’accélération du processus de réchauffement des eaux de la Méditerranée affectera dans un avenir proche d’autres espèces. Des signaux se manifestent d’ailleurs dans ce sens depuis de nombreuses années : les opérations de captage larvaire que nous réalisons depuis les années 1990 dans les Aires marines protégées (Port-Cros, Scandola, Parc marin de la Côte Bleue) et autour de l’Archipel des Embiez, ont permis d’étudier la biodiversité marine de ces divers sites.

Captage larvaire en pleine eau. (Ph. P. Lelong)

Grâce à ces captages, avec les jeunes nacres, de nombreuses autres espèces de divers groupes zoologiques (mollusques, crustacés, échinodermes, ascidies, poissons) se retrouvent dans les collecteurs larvaires. Et de 1996 à 2013 nous avons pu observer une érosion de la biodiversité des espèces de mollusques captées de 30%, et 70% de petites espèces d’invertébrés ont disparu.
Le phénomène ira en s’accélérant dans les années à venir si rien n’est fait pour ralentir le réchauffement de la planète.

Depuis l’hiver dernier, de nombreux laboratoires du pourtour méditerranéen exercent une veille constante sur les populations, et plusieurs centaines d’individus en bonne santé ont été prélevés et mis à l’abri, notamment en Espagne. La survie de l’espèce en dépendra peut-être.

A cela s’ajoutent des accidents maritimes comme celui que l’on vient de connaître au cap Corse, dont les conséquences pour le milieu vivant sont catastrophiques, de même que pour l’économie. A cause de navigateurs incompétents on en revient aux années 70 avec les accidents de tankers devenus tristement célèbres.
Et cependant, la pollution par hydrocarbures, c’est l’arbre qui cache la forêt...

Nardo VICENTE

Participaient à la mission : Sylvain Couvray, Rémy Simide, Aurélie Vion et Nardo Vicente.